Article

Cybersécurité et énergie : la connaissance, enjeu de souveraineté

21 février, 2026

Temps de lecture : 9 min.

IT, OT, Cybersécurité

En bref :

  • La séparation IT/OT protège les infrastructures énergétiques critiques contre les cyberattaques, mais elle fragmente l’accès à la connaissance opérationnelle. 
  • Cette fragmentation ralentit la réponse aux incidents, complique la conformité réglementaire et limite la capitalisation des retours d’expérience. 
  • Les projets d’IA et d’analytics sont freinés faute d’accès sécurisé et structuré aux données combinées IT et OT. 
  • La souveraineté énergétique inclut désormais la maîtrise des données et de la connaissance stratégique, pas seulement la production d’énergie. 
  • Une architecture de gestion des connaissances transverse dans le secteur de l’énergie permet d’assurer un accès sécurisé, gouverné et traçable sans compromettre la cybersécurité.  

Fin décembre 2025, un incident cyber majeur a ciblé des installations clés du secteur énergétique polonais : plus de 30 centrales éoliennes et solaires, une centrale de cogénération et des systèmes industriels ont vu leurs contrôles opérationnels compromis suite à une attaque ciblant à la fois les technologies de l’information (IT) et les technologies opérationnelles (OT), entraînant la destruction de données sur les interfaces de supervision et des interruptions de visibilité et de contrôle sur des équipements critiques. Cet événement met en lumière à la fois la montée en puissance des cybermenaces et les vulnérabilités persistantes des systèmes industriels dans les infrastructures critiques. 

Cet incident rappelle brutalement que les infrastructures énergétiques, au cœur de la souveraineté nationale, sont devenues des cibles privilégiées des cyberattaques. 

Dans ce contexte, la séparation entre IT (Information Technology) et OT (Operational Technology) reste une barrière essentielle contre les intrusions. Mais cette cloison, si elle protège, fragmente aussi la connaissance opérationnelle. Ainsi, l’accès maîtrisé à la connaissance – technique, réglementaire et opérationnelle – devient un enjeu stratégique majeur de souveraineté et de résilience pour le secteur de l’énergie. 

Le problème : un cloisonnement IT/OT qui fragmente la connaissance critique 

Dans le secteur de l’énergie, la séparation IT/OT est historiquement justifiée. 

  • IT : ERP, analytics, outils collaboratifs, gestion documentaire. 
  • OT : SCADA, DCS, systèmes de contrôle industriel pilotant les actifs physiques. 

La logique d’« air gap » ou de cloisonnement strict vise à protéger les systèmes critiques contre les intrusions externes. Cette séparation est essentielle pour éviter qu’une attaque informatique ne se propage vers des équipements industriels sensibles. 

Mais cette protection crée un effet secondaire majeur : une fragmentation structurelle de la connaissance

La séparation IT/OT, impérative pour protéger les systèmes critiques (SCADA, DCS) des cybermenaces, crée une fragmentation de la connaissance qui : 

  • Empêche l’accès rapide aux données opérationnelles depuis l’IT (historiques, RCA, procédures). 
  • Complique la capitalisation des connaissances entre OT et fonctions support (ingénierie, HSE, qualité). 
  • Fragilise la souveraineté énergétique (dépendance à des solutions étrangères, risque d’accès à des tiers non contrôlés). 
  • Limite la transformation digitale (analytics et IA nécessitent des données OT + IT). 

La cybersécurité protège les systèmes. Mais si elle empêche l’accès maîtrisé à la connaissance critique, elle peut ralentir la décision opérationnelle au moment où chaque minute compte. 

Les causes : cybersécurité, complexité technologique et dépendances externes 

Une cybersécurité pensée comme cloisonnement 

Face à la multiplication des attaques sur les infrastructures critiques, la priorité a été donnée à l’isolation : 

  • Air gap ou segmentation forte des réseaux. 
  • Restrictions drastiques des flux entre IT et OT. 
  • Accès limités aux données opérationnelles. 

Cette approche est nécessaire. Mais elle a souvent été conçue sans architecture de connaissance transverse. Résultat : un air gap informationnel qui ralentit les opérations et complique les décisions. 

La question devient alors centrale : 
Air gap = sécurité maximale mais paralysie opérationnelle ? Existe-t-il un équilibre ? 

Une multiplication des systèmes spécialisés 

SCADA, DCS, EAM, ERP, GIS, OMS, systèmes HSE, outils documentaires : chaque brique répond à un besoin précis. Aucun ne fournit une vision unifiée du contexte opérationnel. 

Lors d’un incident sur un actif critique, un ingénieur doit parfois consulter : 

  • Les paramètres SCADA. 
  • Les ordres de travail passés. 
  • Les rapports d’incident similaires. 
  • Les procédures validées à la date de l’événement. 
  • Les recommandations réglementaires applicables. 

Sans couche unifiée de connaissance, ces informations restent cloisonnées. 

Des enjeux croissants de souveraineté numérique 

Les infrastructures énergétiques sont des actifs stratégiques nationaux. Pourtant : 

  • Certaines données sont hébergées sur des clouds hors juridiction. 
  • Des solutions analytiques reposent sur des technologies étrangères. 
  • Les flux d’information peuvent dépendre d’acteurs tiers. 

Quels risques de souveraineté si les données opérationnelles critiques ne sont pas pleinement maîtrisées ? 
La souveraineté ne concerne pas uniquement la production d’énergie, mais aussi le contrôle de la connaissance qui permet de l’exploiter et de la sécuriser. 

Les conséquences : ralentissement opérationnel, risque réglementaire et vulnérabilité stratégique 

Réponse aux incidents plus lente 

Lors d’un incident réseau, d’un arrêt non planifié ou d’un dysfonctionnement d’équipement : 

  • La recherche d’informations peut prendre plus de temps que l’analyse technique elle-même. 
  • Les RCA précédentes ne sont pas facilement retrouvées. 
  • Les leçons apprises restent locales. 

Chaque minute perdue augmente le MTTR (Mean Time To Repair) et accroît l’exposition au risque. 

Difficultés d’audit et de conformité 

Les régulateurs exigent : 

  • Traçabilité des décisions. 
  • Versioning des procédures. 
  • Justification des actions correctives. 
  • Conservation des preuves. 

Lorsque la connaissance est fragmentée entre IT et OT, la reconstruction a posteriori devient complexe et chronophage. La conformité devient réactive plutôt que structurée. 

Frein à l’IA et à la transformation digitale 

Les initiatives d’analytics et d’IA nécessitent des données OT et IT combinées. Or, sans architecture maîtrisée : 

  • Les données restent inaccessibles. 
  • Les projets IA sont limités ou externalisés. 
  • Le risque de fuite ou d’exposition augmente. 

Comment partager la connaissance OT sans compromettre la sécurité ? 
C’est l’un des défis majeurs du secteur. 

La solution : une gestion des connaissances adaptée aux environnements IT/OT critiques 

La réponse ne réside ni dans l’ouverture totale des systèmes OT, ni dans leur isolement absolu. Elle repose sur une architecture de gestion des connaissances pensée pour les infrastructures critiques. 

Une couche transverse de connaissance (Knowledge Layer) 

Une approche structurée de knowledge management, comme Sinequa for Energy & Utilities permet de : 

  • Connecter les systèmes existants sans les remplacer. 
  • Indexer les informations sans déplacer les données critiques. 
  • Respecter les contrôles d’accès IT/OT existants. 
  • Fournir un point d’accès sécurisé et gouverné à la connaissance. 

Cette couche transverse ne supprime pas la frontière IT/OT. Elle la respecte tout en rendant la connaissance exploitable. 

Sécurité et accès ne sont pas contradictoires 

Une architecture appropriée permet : 

  • Un contrôle fin des droits d’accès. 
  • Une traçabilité complète des consultations. 
  • Une séparation logique entre données sensibles et métadonnées indexées. 
  • Une conformité avec les exigences réglementaires. 

La cybersécurité ne consiste pas uniquement à bloquer les flux, mais à garantir un accès maîtrisé, contrôlé et audit-able à la connaissance critique. 

Cas d’usage concrets dans l’énergie 

Réponse aux incidents 
Accès immédiat aux procédures validées, aux incidents similaires et aux RCA historiques. 

Investigations HSE 
Corrélation entre rapports terrain, documents réglementaires et historiques d’actifs. 

Capitalisation multi-sites 
Partage sécurisé des retours d’expérience entre centrales ou réseaux régionaux. 

Accès terrain sécurisé 
Fournir aux techniciens l’information validée au bon moment, sans exposer les systèmes OT. 

La connaissance comme pilier de souveraineté et de résilience 

Dans le secteur de l’énergie, la résilience repose sur : 

  • La continuité d’exploitation. 
  • La rapidité de décision. 
  • La capacité à capitaliser l’expérience. 
  • La maîtrise des données critiques. 

La gestion des connaissances permet : 

  • De protéger la mémoire opérationnelle face aux départs et à la sous-traitance. 
  • De limiter la dépendance à des experts isolés. 
  • De conserver la maîtrise des flux d’information stratégiques. 
  • De soutenir une transformation digitale sécurisée. 

La souveraineté énergétique ne concerne plus seulement la production ou le transport d’énergie. Elle inclut la gouvernance et le contrôle de la connaissance qui rend ces infrastructures opérables et sécurisées. 

Conclusion 

La séparation IT/OT est indispensable pour protéger les infrastructures critiques. Mais sans gestion structurée de la connaissance, elle peut créer une fragmentation qui ralentit les opérations, fragilise la conformité et limite la transformation digitale. 

L’enjeu n’est pas d’opposer sécurité et accessibilité. Il est de concevoir une architecture où la connaissance technique, opérationnelle et réglementaire est accessible, maîtrisée et gouvernée, sans compromettre la cybersécurité. 

Dans un contexte de cybermenaces accrues et d’exigences de souveraineté renforcées, la gestion des connaissances devient un pilier stratégique de la résilience des infrastructures énergétiques. Elle transforme la donnée dispersée en capacité décisionnelle sécurisée, au service de la continuité, de la conformité et de la sécurité nationale. 

FAQ

01
Pourquoi la séparation IT/OT est-elle critique en cybersécurité énergétique ?

La séparation IT (Information Technology) et OT (Operational Technology) est essentielle pour protéger les infrastructures énergétiques critiques contre les cyberattaques.

Les systèmes OT (SCADA, DCS, systèmes de contrôle industriel) pilotent des actifs physiques comme des centrales électriques ou des réseaux. Une intrusion issue de l’IT pourrait entraîner des interruptions de production, des dommages matériels ou des risques pour la sécurité nationale.

La segmentation réseau et l’« air gap » réduisent fortement ces risques.

02
Quel est l’impact du cloisonnement IT/OT sur la performance opérationnelle ?

Un cloisonnement strict peut fragmenter la connaissance critique :

  • Accès limité aux données historiques d’incidents.
  • Difficulté à croiser données OT et IT.
  • Recherche d’informations lente en situation d’urgence.
  • Capitalisation partielle des retours d’expérience.

Résultat : augmentation potentielle du MTTR (Mean Time To Repair) et ralentissement de la prise de décision.

03
Pourquoi la gestion des connaissances est-elle un enjeu de souveraineté énergétique ?

La souveraineté énergétique ne concerne pas uniquement la production d’électricité. Elle inclut :

  • La maîtrise des données opérationnelles critiques.
  • Le contrôle des flux d’information stratégiques.
  • L’indépendance vis-à-vis de solutions technologiques étrangères.
  • La capacité à exploiter ses propres données pour l’IA et l’analytics.

Sans gouvernance maîtrisée de la connaissance, la dépendance technologique peut fragiliser la résilience nationale.

04
How can Sinequa help energy sector companies implement an effective KM strategy?

By offering an advanced semantic search platform capable of connecting data, identifying relevant information, contextualizing situations, and accelerating access to knowledge.

05
Comment concilier cybersécurité OT et accès sécurisé à la connaissance ?

La solution repose sur une architecture de gestion des connaissances adaptée aux environnements IT/OT critiques :

  • Indexation sans déplacement des données sensibles.
  • Respect strict des droits d’accès existants.
  • Traçabilité des consultations.
  • Séparation logique entre données brutes et métadonnées.

Cette approche permet de préserver la sécurité industrielle tout en garantissant un accès contrôlé, gouverné et audit-able à l’information stratégique.

 

Nous sommes là pour vous aider.

pour vos besoins en matière de commerce unifié

Défense et sécurité

Nous accompagnons défense et renseignement avec des solutions IA modulaires, de l’OSINT à la cybersécurité, pour sécuriser les données, détecter les s [...]

Industrie manufacturière et énergie

Nous proposons une large gamme de logiciels adaptés aux défis actuels des secteurs manufacturier et énergétique.

Services Financiers

Notre IA transforme les services financiers: l’automatisation des processus, la détection de la fraude et l’analytique prédictive renforcent à la fois [...]

Sciences de la vie

Nous accélérons vos processus en laboratoire et d’essais cliniques pour proposer des thérapies sûres et efficaces 15 à 25 % plus rapidement.

Private Equity

Nous accélérons la performance de vos équipes grâce à une solution IA tout-en-un pour le Private Equity.